• Le nouveau

    Chapitre 2

    Qu'attend ce garçon pour me laisser m'assoir ? Pourquoi me regarde-t-il ainsi ? Il est bizarre. Et son numéro perturbe le cours.

    - Hum hum, fait Mme. Zacchota en se raclant la gorge.

         Il cesse de me fixer pour répondre à la professeur. Je les regarde tour à tour tous les deux :

    - Oh oui, bien sûr, énonce-t-il sur un ton faussement désolé que je suis la seule à remarquer visiblement. Veuillez excuser ce désagrément s'il vous plaît Madame. Cela ne se reproduira plus à l'avenir.

         Je fronce les sourcils en l'entendant parler ainsi puis il avance - enfin - sa chaise pour me laisser un accès. Je jette un coup d'œil à la prof qui me fait discrètement signe de me dépêcher et je passe derrière lui pour m'installer à ma place. La professeur de français reprend son cours. Je pose mon sac sur le sol et m'assois. Je me rappelle qu'il est nouveau ici, alors je fais un effort et tente de paraître sociable :

    - Merci, je murmure en sortant mes affaires.

         Pour toute réponse, il se contente de grogner un "hum" sans daigner me regarder. Incrédule, je hausse les sourcils et laisse tomber. Visiblement, c'est un échec.

     

    \\\ POINT DE VUE DU NOUVEAU ///

     

         Cette fille ne me paraît vraiment pas dégourdie. Mais elle m'amuse. Je sais que je l'intrigue déjà. Elle ne sait pas qui je suis et meurt d'envie de me connaître. Je le sens. Je sens aussi que je la perturbe. Cela se voit. Depuis tout à l'heure, elle fait mine de prendre des notes sur son cahier. Mais je sais que c'est de la pure comédie pour passer inaperçue aux yeux de la prof. Elle ne suit pas du tout le cours, son esprit est trop occupé pour ça. Je pense qu’elle sera une distraction intéressante pour moi. Cependant, je ne la regarde pas. Je pense qu'elle n'attend que cela depuis tout à l'heure. Je ne le fais pas pour la frustrer. Oui, je suis ce genre de personne. Et alors 

         Le cours de la prof est vraiment nul. Moi aussi, je sais jouer la comédie. Cela m'évite de voir les regards de toutes les filles fixés sur moi. Je sais qu'elles me regardent toutes dès qu'elles en ont l'occasion. C'est l'effet que je produis auprès de toutes. Je suis un tombeur, j'en ai conscience. Et j'aime ça.

         Soudainement, je me sens observé. Ce sont les yeux de ma voisine de classe qui essayent de se poser discrètement sur moi, en vain. Elle ose enfin essayer de me regarder. Je ne peux pas m'empêcher de sourire narquoisement et avec provocation. Si elle continue, elle deviendra folle. Folle de moi. Elles le deviennent toutes un jour où l'autre.

     

    \\\ RETOUR AU POINT DE VUE DE LAURA ///

     

         Dès qu'il a remarqué que j'essayais de le regarder, dès qu'il a fait ce sourire narquois, j'ai détourné les yeux et j'ai fait mine d'écrire sur une feuille pour paraître innocente. Le peu que j'ai vu était... éblouissant, je suis contrainte de l'admettre. Ses yeux sont d'un vert profond et pénétrant ce qui fait ressortir ses cheveux châtain foncé à merveille. On voit à sa mâchoire plutôt carrée qu'il est musclé et ses bras le prouvent même s'il est habillé. Quant à ses lèvres...

    - Mlle. Cullen ! crie Mme. Zacchota, ce qui me fait sortir de mes pensées distrayantes.

         Je secoue brusquement la tête et regarde mes camarades de classe tour à tour. A la façon dont ils me fixent, je devine que je rêvasse depuis un sacré moment. Je suppose également que la prof m'a sûrement interpellée une à deux fois pour avoir haussé le ton ainsi.

    - Euh... Oui professeur ? je lui réponds maladroitement.

         Elle me regarde et lève les yeux au ciel, visiblement agacée. J'ai perdu l'esprit ou quoi ? Ce n'est pas du tout mon genre de me pâmer de cette façon devant un garçon.

    - Avez-vous terminé d'admirer votre voisin de classe ? demande-t-elle sur un ton normal, sans pression.

        J'hallucine. Elle a osé dire cette horrible phrase gênante. La plupart des élèves éclatent de rire mais beaucoup de filles me regardent de travers et me lancent des regards noirs, comme si j'avais fait quelque chose de mal. Je baisse les yeux, agacée, et j'aperçois mon fameux voisin sourire en entendant les mots "admirer votre voisin de classe". Ce geste laisse apparaître ses dents qui sont parfaitement alignées et d'un blanc éclatant. Il m'agace en fait ce type. Je me force à fermer les yeux car je me sens replonger dans des songes incontrôlables. Je relève la tête, bien décidée à affronter un flot de remarques désobligeantes venant de Mme. Zacchota – ce qui n'a pas lieu finalement. La prof se contente de me demander :

    - Pouvons-nous reprendre le cours si cela ne vous dérange pas Laura ?

    - Oui Madame... Désolée.

    - Bien, renchérit-elle en se retournant pour écrire au tableau.

         J'attrape mon stylo et prends des notes en lâchant un léger et inaudible soupir. Je l'entends pester doucement ce qui me fait lever les yeux au ciel. Mon camarade le voit et il sourit. C'est quoi son problème à lui à la fin ? Je lui tourne le dos et ne le regarde plus durant le reste de l'heure.

    ***** 

         La récréation matinale n'est pas longue, elle dure à peine 10 minutes, ce qui laisse peu de temps pour se détendre ou parler. Lydia me rejoint dans le couloir et on descend au rez-de-chaussée. Nos casiers sont à côté l'un de l'autre, ce qui est plus pratique pour parler. J'ouvre le mien pour y déposer mon classeur de français et prendre mes affaires pour les cours suivants.

    - T'étais où ce matin ? me demande Lydia. Pourquoi t'as pas pris le bus ?

         J'hausse les épaules, peu intéressée par ce sujet de discussion. Je lui réponds simplement :

    - Panne d'oreiller, de lit, de réveil ou de ce que tu veux.

        Elle rigole.

    - Tu commences bien la semaine toi !

         Je secoue la tête en souriant et la pousse amicalement.

    - Chut ! Ludovic m'a dit la même chose ce matin !

         J'attrape mon cahier d'anglais et mon manuel afin de les glisser dans mon sac.

    - Dis-moi Lydia, tu sais qui c'est le nouveau ?

    - Le nouveau ? me demande-t-elle. Quel nouveau ?

    - Bah le gars que la prof de français a placé à côté de moi en classe.

        Elle cesse de me regarder pour observer quelque chose loin derrière moi.

    - Lui tu veux dire ? dit-elle en désignant d'un signe de tête la chose en question.

         Je pivote pour voir ce qu'elle me montre et je le vois. Il est en train de traverser le couloir du lycée tranquillement. Il sourit de toutes ses dents car tout le monde se retourne sur son passage, garçons comme filles.

     

    Chapitre 3 et 4 >>         


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