• Ce matin, c'est une voix stridente et désagréable qui me tire avec impatience de mon léger sommeil :

    - Laura ! crie ma mère dans les escaliers. Lève-toi ! Il est plus que l'heure !

         Je me retourne doucement dans mon lit, entrouvre à peine les yeux et regarde avec insistance le plafond de ma chambre. Le plafond de ma nouvelle chambre. Il est d'un blanc immaculé, comme si la peinture était récente. Pourtant, elle a au moins une dizaine d'années. Enfin bref, pour je ne sais quelle raison, je le trouve moche ce plafond. C'est peut-être parce que j'en veux toujours à mes parents de m'avoir fait subir un énième déménagement. J'éprouve un pincement au cœur lorsque je repense à ma vie passée et une vague de colère déferle dans tout mon corps. C'est encore trop récent pour me laisser indifférente. Alors avant de me recouvrir de la tête aux pieds de mes draps, je crie :

    - La flemme !

         Cette réponse ne semble pas lui plaire car je l'entends monter les escaliers d'un pas légèrement furibond. Mon réveil a déjà sonné, mais j'ai préféré l'éteindre. Je ne me suis pas levée. Je suppose que je me suis rendormie entre temps. Je ne peux réprimer un sourire sous ma couette quand ma mère fait irruption dans ma chambre et ouvre violemment les volets.

    - J'ai dit debout ! répète-t-elle.

         Je soulève mes draps, m'assois dans mon lit et la regarde fixement.

    - C'est bon ! dis-je en faisant mine de soupirer.

         Elle me regarde de travers, visiblement agacée par mon comportement.

    - Déjà de mauvaise humeur ?

    - Non. Mais si tu ne sors pas, ça risque peut-être de commencer.

         Exaspérée, elle sort finalement de ma chambre. Je jubile. Je crois qu'au fond de moi, j'aime beaucoup la provoquer.

    - C'est mieux merci ! lui crié-je en souriant.

         Je m'étire en baillant avant de me hisser hors du lit. J'allume mon téléphone portable.

    - Oh non, merde ! juré-je.

         Il est déjà 7h50. Les cours commencent à 8h00. Je suis trop en retard pour prendre le bus, mon père va devoir m'emmener. Je traverse ma chambre à toute vitesse et le voit sortir de la salle de bain. Je lui demande donc de me conduire au lycée. Il accepte mais à la condition que je sois prête en cinq minutes. Je lui souris avant de lui lancer, confiante :

    - T'inquiète même pas, je suis large.

         J'ouvre la porte d'à côté, mon dressing. Énorme, je dois l'avouer, car il occupe une salle entière à lui seul. Et j'adore. Je crois que c'est un des seuls points positifs que m'a apporté le déménagement. Je choisis au hasard et rapidement ma tenue : un jean slim clair faussement déchiré au niveau des genoux ainsi qu'un simple polo rouge à manches courtes. J'attrape ma trousse de toilette et cours à la salle de bain où je m'habille le plus vite possible. Une fois vêtue, d'une main je me lave les dents en trente secondes et de l'autre, je coiffe mes cheveux. J'ajoute un peu de mascara noir à mes cils avant de m'armer d'une ceinture beige et d'une montre en or. Une fois prête, je regarde l'heure qui tourne :

    - Prête ma chérie ? me demande mon père.

         J'entends les clefs de son trousseau qui s'entrechoquent. Je laisse mes affaires en plan dans la salle de bain et retourne dans ma chambre. Quand j'approche mon bureau, j'attrape mon sac après avoir jeté en vrac mes cahiers dedans. Au pas de course, je dévale tous les escaliers en essayant d'éviter une éventuelle chute. Je regarde l'horloge de la salle à manger qui indique qu'il est 8h00. Mon père m’attend à la porte d'entrée :

    - Oui, papa.

         Je mets mes Superstars dorées et j'enfile ma veste en jean.

    - Alors on est partis !

         Il se dirige dans la cuisine pour y embrasser ma mère en lui souhaitant une bonne journée et il revient ouvrir la porte d'entrée. On sort de la maison côte à côte, aucun de nous ne parle. C'est ce qu'il y a de bien avec mon père, il ne parle quasiment presque pas et ne me demande jamais rien de personnel. Il s'installe au volant de la voiture et je m'assois sur le siège passager. Je sors mon téléphone, branche mes écouteurs, lance ma musique et je m'aperçois que j'ai plusieurs messages de Lydia, ma meilleure amie : 

    [7h33 : "Pourquoi t'es pas dans le bus ? T'es où ?"

    7h52 : "T'es où putain ?!"

    7h58 : "Bouge ton cul, ça a déjà sonné !!!"] 

         Je ne me donne pas la peine de lui répondre car je sais que c'est inutile. C'est lundi matin, il est 8h05, elle est donc déjà en cours. Je pose mon portable sur mon sac et attends que le temps passe dans la voiture en jouant un peu avec la buée qu'il y a sur la vitre passagère. Plus que quelques minutes avant d'arriver au lycée. Je pousse un léger soupir.

    - Qu'est-ce qu'il y a Laura ?

         Je baisse un peu le volume de la musique sur mon portable. Je lui réponds sans même le regarder :

    - Rien c'est juste que je n'aime pas être en retard. J'aime la ponctualité.

         Ne sachant plus quoi faire, j'arrête de jouer avec la buée et je regarde droit devant moi.

         Le portail du lycée apparaît enfin devant nous. Mon père arrête la voiture vers le parking des professeurs et il m'embrasse sur le front.

    - Bonne journée ma puce.

         Je me détache et descends rapidement, mon sac sur le dos.

    - Merci papa. Bonne journée à toi aussi.

         Je ferme la portière et attends qu'il s'en aille pour rentrer dans l'établissement. Je me retourne et fais face à la grande grille argentée.

    - Bon... Quand faut y aller, il faut y aller ! me dis-je, pour me motiver.

         Mais je sais que c'est inutile : je n'aime pas les lundis. Je cours quand même pour atteindre le portail du lycée, mais avec mauvaise volonté. Arrivée devant, j'essaye de l'ouvrir en vain : il est fermé à clefs.

    - C'est une blague c'est ça ? murmuré-je tout en essayant de forcer pour la poignée pour l'ouvrir.

         Rien ne se passe. Me voilà donc toute seule, bloquée face à cette entrée, comme une imbécile.

    - Bah merde !

    Je passe une main dans mes cheveux comme à mon habitude, puis je décide de me rendre à l'administration. Je prends la direction opposée du portail et presse le pas pour ne pas être encore plus en retard que je ne le suis déjà. Je monte les quelques marches du perron d'un pas un peu blasé et je franchis la porte du bâtiment. Un léger coup d'œil à l'intérieur m'indique qu'il n'y a personne dans le coin. Je traverse le couloir sans aucun bruit et je parviens dans le hall principal. 

         Obligation de passer par le BVS (Bureau de la Vie Scolaire) pour signaler mon arrivée tardive, ce que je fais sans attendre. Je sais qui m'attend à l'intérieur : Ludovic Uno. C'est un des dix surveillants du lycée et mon préféré. Je ne le connais que depuis la rentrée (trois semaines environ) et le feeling est super bien passé entre nous je trouve. En général, je crois qu'il travaille dans le BVS et il surveille parfois le réfectoire. Je ne l'ai jamais vu dans la cour garder un œil sur les élèves. Je pousse la porte et tombe sur lui, en pleine paperasse. Il lève le nez de ses papiers, ses yeux se posent sur moi et il sourit :

    - J'en connais une qui commence bien sa semaine ! dit-il. Alors comme ça, on n'est pas du matin ?

         Il rigole en se moquant gentiment de moi. Parler avec lui de bon matin redonne un peu de bonne humeur dans ma journée qui s'annonçait si grise. Un vrai lundi quoi.

    - Rhô chut ! je réponds en lui rendant son sourire. Ce n'est pas drôle !

    - Avoue au moins qu'il y a de quoi sourire. Tu es la seule élève sur environ plus de trois mille qui parvient à être en retard un lundi matin.

    - Pour ma défense, sache que je ne suis pas en retard pour être restée trois heures dans la salle de bain. Je suis en retard car mon réveil joue avec mes nerfs ! Et aussi parce qu'on est lundi. C'est une bonne excuse ou pas ça ? dis-je en rigolant moi aussi.

         Il secoue la tête avec un air faussement exaspéré tout en écrivant sur un bout de papier :

    - Ben voyons. Mais il est vrai que personne n'aime les lundis je pense. Moi encore moins, ajoute-t-il avec un clin d'œil. Aller, file vite en cours Laulau ! me recommande-t-il en me donnant mon billet de rentrée en classe.

    - Ouais génial ! dis-je avec ironie. Direction le dernier étage histoire de faire un peu de sport !

         Il replonge la tête dans ses papiers. Sans attendre, je m'apprête à sortir mais je me stoppe dans mon élan. Je me retourne et imite au mieux possible le regard d'une petite fille.

    - Ludo ?..

         Un grand sourire s'affiche sur son visage. Il relève la tête et me répond directement, sans entendre ma question :

    - Non Laura, pour la énième fois, je ne te prêterai pas la clef de l'ascenseur !

         Au moins j'aurai essayé... Encore.

    - Grrr... Ce n’est pas juste !

         Je fais mine de bouder et sors activement du BVS. Je passe par mon casier pour déposer mes affaires de cours inutiles pour le moment. J'attrape uniquement mon classeur de français. Ensuite, je commence à monter les escaliers en espérant ne tomber sur personne, puis je grommèle toute seule :

    - Mal foutu comme emploi du temps ! Premier cours au sommet du bâtiment et l'heure suivante tout en bas !

         Je jette un coup d'œil au billet de papier que je tiens en main :

    "L'élève : Laura Cullen

    En classe de : 2nd 2

    Rentre en classe le : 22/09/14

    A : 8h25

    Motif : Retard

    Signature : Vie Scolaire"

         Les marches défilent sous mes pieds et je finis par arriver au cinquième étage. Je préfère passer d'abord aux toilettes pour voir dans quel état je suis. Je suppose que c'était la bonne décision. Mes joues sont teintées d'un léger rose et mes cheveux partent dans tous les sens. Je me passe un coup d'eau sur le visage en évitant les coulures de maquillage et coiffe mes quelques mèches rebelles avec mes doigts. J'observe mon reflet dans le miroir mural. J'y vois une fille assez grande, maigre, et à la peau ni trop claire ni trop foncée. Ses cheveux d'un noir de jais forment de petites boucles et tombent en cascade plus bas que ses épaules. Ils sont assortis à ses yeux très foncés. Ses lèvres, rose au naturel, éclairent ce sombre tableau.

         Je sais que la fille de ce miroir, elle a à peine plus de 15 ans. Cet établissement est encore nouveau pour elle. C'est cet été qu'elle est arrivée en ville, dans l'une des plus belles villas de son quartier après avoir quitté son ancienne maison et tous ses amis. Cela fait presque deux mois qu'elle est ici. Pendant les vacances, elle a rencontré quelques adolescents de son lycée dont Lydia avec qui elle s'est tout de suite bien entendue. Ces deux filles sont devenues meilleures amies en peu de temps. Cette fille dans le miroir, c'est moi. Laura Cullen.

         Je sors des toilettes et avance dans le secteur des "Lettres" du lycée. Dans ce coin, on trouve toutes les salles de français. Arrivée devant la porte 512, je m'arrête. Ma classe est à l'intérieur. Je remets mes cheveux en place, respire, me calme, et replace mon sac correctement sur mes épaules. Si je pouvais être un minimum présentable et respectable, ce serait parfait, car le meilleur moyen de se faire remarquer, c'est bien de faire irruption en plein cours, vingt minutes après l'installation de tout le monde. Je râle une dernière fois avant de rentrer en classe :

    - Deux heures de français d'affilée le lundi matin, rien de mieux pour terminer une nuit de sommeil... Bien que je ne sois pas une mauvaise élève, je peux bien m'accorder ce luxe de temps à autre, non ? Et puis, seule tout au fond de la salle, personne ne le remarquera...

         Je toque trois fois doucement à la porte, puis j'entends le bruit des talons aiguilles de ma professeur, Mme. Zacchota, venir jusqu'à l'entrée. Elle ouvre la porte et me fixe attentivement. J'ai le temps de voir en un dixième de seconde tous les regards se braquer sur moi. Voilà ce que je voulais à tout prix éviter.

    - Bonjour, s'il vous plaît veuillez excuser mon retard, dis-je en lui tendant mon billet.

    Elle regarde le papier puis me sourit avec gentillesse.

    - Bien sûr Laura, pas de problèmes. Je t'invite à aller rejoindre ta place habituelle. Nous étions en train de travailler sur la forme emphatique.

    - Merci, je réponds en hochant la tête.

         J'entre dans la classe et elle referme la porte derrière moi. J'évite de croiser les regards des autres car je sais qu'ils me dévisagent : je reste encore la nouvelle ici, l'inconnue au bataillon. Mais je souris quand même à Lydia qui se trouve au premier rang. Elle a été placée tout devant suite au bazar qu'elle faisait avec moi derrière. Depuis, je suis seule au fond de la classe, ce qui ne me déplaît pas.
         Je traverse la salle pour atteindre ma chaise quand je remarque soudain que quelque chose a changé. Je ralentis le pas. Là, au fond, assis à côté de ma table, se trouve un garçon. Je ne vois pas son visage car il regarde par la fenêtre, mais je devine qu'il est nouveau ici car la prof l'a placé là où il restait de la place dans sa salle. C'est-à-dire à côté de moi. Je m'approche doucement puis m'arrête. On dirait presque que le temps s'est arrêté : il n'y a plus aucun bruit dans la pièce. Je sens les regards de tous les élèves posés sur moi, je trouve ça vraiment gênant. Ce n'est pas vraiment mon truc d'être au centre de l'attention comme ça. Pourquoi le cours n'a-t-il pas encore repris ? Pourquoi je n'entends pas Mme. Zacchota parler aux autres ? J'ai l'impression que quelqu'un a appuyé sur le bouton pause d'un jeu vidéo.
         Je suis contrainte de patienter pour m'assoir. J'essaye de suivre le regard de ce garçon qui est dirigé sur l'extérieur afin de voir ce qu'il y a de si passionnant dehors. Personnellement, je ne vois rien si ce n'est la vue qu'offre la salle de classe sur la lisière de la forêt. J'attends encore quelques secondes, puis il se décide enfin à tourner la tête. Ses yeux se posent lentement sur moi. Il détaille ma tenue de haut en bas avec insistance. Je m'impatiente alors je lève les yeux au ciel. Il l'a bien vu et cela le fait sourire.


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  • Chapitre 2

    Qu'attend ce garçon pour me laisser m'assoir ? Pourquoi me regarde-t-il ainsi ? Il est bizarre. Et son numéro perturbe le cours.

    - Hum hum, fait Mme. Zacchota en se raclant la gorge.

         Il cesse de me fixer pour répondre à la professeur. Je les regarde tour à tour tous les deux :

    - Oh oui, bien sûr, énonce-t-il sur un ton faussement désolé que je suis la seule à remarquer visiblement. Veuillez excuser ce désagrément s'il vous plaît Madame. Cela ne se reproduira plus à l'avenir.

         Je fronce les sourcils en l'entendant parler ainsi puis il avance - enfin - sa chaise pour me laisser un accès. Je jette un coup d'œil à la prof qui me fait discrètement signe de me dépêcher et je passe derrière lui pour m'installer à ma place. La professeur de français reprend son cours. Je pose mon sac sur le sol et m'assois. Je me rappelle qu'il est nouveau ici, alors je fais un effort et tente de paraître sociable :

    - Merci, je murmure en sortant mes affaires.

         Pour toute réponse, il se contente de grogner un "hum" sans daigner me regarder. Incrédule, je hausse les sourcils et laisse tomber. Visiblement, c'est un échec.

     

    \\\ POINT DE VUE DU NOUVEAU ///

     

         Cette fille ne me paraît vraiment pas dégourdie. Mais elle m'amuse. Je sais que je l'intrigue déjà. Elle ne sait pas qui je suis et meurt d'envie de me connaître. Je le sens. Je sens aussi que je la perturbe. Cela se voit. Depuis tout à l'heure, elle fait mine de prendre des notes sur son cahier. Mais je sais que c'est de la pure comédie pour passer inaperçue aux yeux de la prof. Elle ne suit pas du tout le cours, son esprit est trop occupé pour ça. Je pense qu’elle sera une distraction intéressante pour moi. Cependant, je ne la regarde pas. Je pense qu'elle n'attend que cela depuis tout à l'heure. Je ne le fais pas pour la frustrer. Oui, je suis ce genre de personne. Et alors 

         Le cours de la prof est vraiment nul. Moi aussi, je sais jouer la comédie. Cela m'évite de voir les regards de toutes les filles fixés sur moi. Je sais qu'elles me regardent toutes dès qu'elles en ont l'occasion. C'est l'effet que je produis auprès de toutes. Je suis un tombeur, j'en ai conscience. Et j'aime ça.

         Soudainement, je me sens observé. Ce sont les yeux de ma voisine de classe qui essayent de se poser discrètement sur moi, en vain. Elle ose enfin essayer de me regarder. Je ne peux pas m'empêcher de sourire narquoisement et avec provocation. Si elle continue, elle deviendra folle. Folle de moi. Elles le deviennent toutes un jour où l'autre.

     

    \\\ RETOUR AU POINT DE VUE DE LAURA ///

     

         Dès qu'il a remarqué que j'essayais de le regarder, dès qu'il a fait ce sourire narquois, j'ai détourné les yeux et j'ai fait mine d'écrire sur une feuille pour paraître innocente. Le peu que j'ai vu était... éblouissant, je suis contrainte de l'admettre. Ses yeux sont d'un vert profond et pénétrant ce qui fait ressortir ses cheveux châtain foncé à merveille. On voit à sa mâchoire plutôt carrée qu'il est musclé et ses bras le prouvent même s'il est habillé. Quant à ses lèvres...

    - Mlle. Cullen ! crie Mme. Zacchota, ce qui me fait sortir de mes pensées distrayantes.

         Je secoue brusquement la tête et regarde mes camarades de classe tour à tour. A la façon dont ils me fixent, je devine que je rêvasse depuis un sacré moment. Je suppose également que la prof m'a sûrement interpellée une à deux fois pour avoir haussé le ton ainsi.

    - Euh... Oui professeur ? je lui réponds maladroitement.

         Elle me regarde et lève les yeux au ciel, visiblement agacée. J'ai perdu l'esprit ou quoi ? Ce n'est pas du tout mon genre de me pâmer de cette façon devant un garçon.

    - Avez-vous terminé d'admirer votre voisin de classe ? demande-t-elle sur un ton normal, sans pression.

        J'hallucine. Elle a osé dire cette horrible phrase gênante. La plupart des élèves éclatent de rire mais beaucoup de filles me regardent de travers et me lancent des regards noirs, comme si j'avais fait quelque chose de mal. Je baisse les yeux, agacée, et j'aperçois mon fameux voisin sourire en entendant les mots "admirer votre voisin de classe". Ce geste laisse apparaître ses dents qui sont parfaitement alignées et d'un blanc éclatant. Il m'agace en fait ce type. Je me force à fermer les yeux car je me sens replonger dans des songes incontrôlables. Je relève la tête, bien décidée à affronter un flot de remarques désobligeantes venant de Mme. Zacchota – ce qui n'a pas lieu finalement. La prof se contente de me demander :

    - Pouvons-nous reprendre le cours si cela ne vous dérange pas Laura ?

    - Oui Madame... Désolée.

    - Bien, renchérit-elle en se retournant pour écrire au tableau.

         J'attrape mon stylo et prends des notes en lâchant un léger et inaudible soupir. Je l'entends pester doucement ce qui me fait lever les yeux au ciel. Mon camarade le voit et il sourit. C'est quoi son problème à lui à la fin ? Je lui tourne le dos et ne le regarde plus durant le reste de l'heure.

    ***** 

         La récréation matinale n'est pas longue, elle dure à peine 10 minutes, ce qui laisse peu de temps pour se détendre ou parler. Lydia me rejoint dans le couloir et on descend au rez-de-chaussée. Nos casiers sont à côté l'un de l'autre, ce qui est plus pratique pour parler. J'ouvre le mien pour y déposer mon classeur de français et prendre mes affaires pour les cours suivants.

    - T'étais où ce matin ? me demande Lydia. Pourquoi t'as pas pris le bus ?

         J'hausse les épaules, peu intéressée par ce sujet de discussion. Je lui réponds simplement :

    - Panne d'oreiller, de lit, de réveil ou de ce que tu veux.

        Elle rigole.

    - Tu commences bien la semaine toi !

         Je secoue la tête en souriant et la pousse amicalement.

    - Chut ! Ludovic m'a dit la même chose ce matin !

         J'attrape mon cahier d'anglais et mon manuel afin de les glisser dans mon sac.

    - Dis-moi Lydia, tu sais qui c'est le nouveau ?

    - Le nouveau ? me demande-t-elle. Quel nouveau ?

    - Bah le gars que la prof de français a placé à côté de moi en classe.

        Elle cesse de me regarder pour observer quelque chose loin derrière moi.

    - Lui tu veux dire ? dit-elle en désignant d'un signe de tête la chose en question.

         Je pivote pour voir ce qu'elle me montre et je le vois. Il est en train de traverser le couloir du lycée tranquillement. Il sourit de toutes ses dents car tout le monde se retourne sur son passage, garçons comme filles.

     

    Chapitre 3 et 4 >>         


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